LA FONCIERE ROUBAISIENNE : UN NOUVEL OUTIL POUR TRANSFORMER ROUBAIX, ENSEMBLE
L’habitat de Roubaix est largement marqué par l’histoire industrielle textile des siècles précédents. Aujourd’hui, c’est encore un urbanisme dense, maillé de maisons en bandes plus ou moins grandes, alignées le long des rues autour des usines en partie reconverties en bureaux ou en logements. L’atout de notre patrimoine est ce mélange d’hôtels particuliers (plus ou moins bien conservés), de maisons de rue petites et grandes, et des dernières courées qui ont survécu aux décennies de résorption de l’habitat insalubre et sont aujourd’hui reconnues patrimoine remarquable. Le logement social HLM est minoritaire face à un logement social de fait dans l’habitat ancien avec encore beaucoup de propriétaires occupants (parfois précaires), de bailleurs privés (parfois marchands de sommeil) qui achètent, retapent, découpent, relouent avec les moyens du bord. Roubaix est aussi marquée par une surreprésentation de logements vacants et de bâtiments en friche issus de cette industrie textile.
Face à cette réalité, nous devons donc répondre à un triple enjeu, social, écologique et patrimonial : à la fois offrir plus de logements de qualité, à des prix abordables, tout en réduisant la consommation d’énergie dans la construction comme dans l’utilisation, réhabiliter les lieux abandonnés pour répondre tant à cette demande de logements qu’aux besoins spécifiques de chaque quartier en services publics ou animations, et le tout sans dénaturer l’aspect de notre ville, faite d’art et d’histoire. Notre première priorité doit pour cela être la réhabilitation du patrimoine existant, démolir le moins possible et inventer des formes de constructions neuves innovantes les moins consommatrices de matières et d’énergie dans une économie circulaire.
Nous le voyons d’ailleurs au Pile avec la procédure douloureuse de PMRQAD ou les programmes NPNRU à l’Alma ou à l’Epeule, les outils d’intervention publique sont trop lents, trop lourds et inadaptés. Les grandes opérations de rénovation urbaine, aujourd’hui bien trop souvent imposées sans concertation, sont vécues comme brutales, coûteuses (dès lors) humainement et écologiquement, et déconnectées des réalités de terrain. Roubaix a donc / plutôt ? besoin d’un outil agile, réactif, ancré dans les quartiers, capable d’agir bâtiment par bâtiment, rue par rue, aux côtés des habitants.
C’est pourquoi notre proposition est de construire ce nouvel outil : la Foncière roubaisienne. Une structure dédiée, dotée de moyens humains, techniques et juridiques propres, chargée de piloter et mettre en œuvre une véritable stratégie patrimoniale au service de la ville et de ses habitants. Une entité capable de fédérer tous les acteurs concernés pour renforcer un urbanisme de réhabilitation et de construction neuve, innovante et résiliente. / innovant et résilient (on parle bien de l’urbanisme, non, pas juste de la construction neuve ?
La Foncière aura pour première mission de réaliser un inventaire précis et évolutif du patrimoine immobilier, public comme privé : immeubles, maisons, friches, terrains, locaux vacants, bâtiments publics ou privés délaissés… Ce travail de recensement, mené en lien avec les services municipaux, les associations patrimoniales et les réseaux de quartier, permettra d’objectiver les situations et d’adapter les réponses à chaque cas.
Dotée de moyens humains et techniques propres, la Foncière s’appuiera sur une équipe pluridisciplinaire intégrée, associant urbanistes, architectes, ingénieurs travaux, inspecteurs de salubrité, juristes spécialisés en droit de l’urbanisme et de la propriété, mais aussi chargés de concertation et de mobilisation citoyenne. Cette organisation permettra de gagner en réactivité, et de pouvoir intervenir sans attendre. Des travaux légers de sécurisation et de remise en état (maintien du clos et du couvert, reprises de façades, ouvertures, clôtures, mises hors d’eau…) pourront être ainsi engagés rapidement et financés sur fonds publics. Ces interventions, loin d’être anecdotiques, permettront d’interrompre la spirale négative du dépérissement, de transformer l’image de nos rues et de créer un effet d’entraînement positif, susceptible d’encourager les propriétaires occupants comme les bailleurs.
Cette capacité d’action rapide est essentielle pour susciter l’investissement des habitants. La Foncière s’appuiera en effet sur les ressources locales, les savoir-faire des artisans, le tissu associatif et les dynamiques d’entraide pour générer un mouvement du type « castor » et encourager des démarches d’auto-réhabilitation accompagnée dans tous les quartiers. Elle disposera pour cela d’une capacité de co-financement des travaux, en complément des dispositifs existants, afin de lever les blocages financiers des propriétaires de bonne foi et d’éviter que la précarité ne conduise à l’abandon.
Elle mènera de même une lutte déterminée contre la vacance et l’habitat indigne, avec fermeté mais sans aveuglement. Les propriétaires ayant besoin d’aide seront accompagnés et soutenus ; ceux qui exploitent la misère ou laissent volontairement les biens se dégrader s’exposeront à des procédures bien plus coercitives. La Foncière mobilisera l’ensemble des outils juridiques disponibles – mises en demeure, arrêtés de péril, préemptions, expropriations en cas d’abandon manifeste – afin de mener un travail de précision, logement par logement, y compris pour les biens de petite taille qui n’intéressent pas les grands opérateurs.
Au-delà du logement, la Foncière roubaisienne aura pour ambition de redonner vie aux lieux abandonnés et de les remettre au service des habitants. En fonction des besoins identifiés dans chaque quartier, des bâtiments réhabilités pourront accueillir des médiathèques de quartier, des commerces de proximité, des cafés associatifs, des aires de jeux, des lieux culturels, des espaces de formation ou de coworking, des équipements sportifs de petite échelle ou des jardins partagés… Dans ce cadre, la Foncière sera aussi cet outil chargé de développer la gestion transitoire des locaux en permettant à des acteurs associatifs d’occuper temporairement des locaux à loyer réduit, de les faire vivre et de les aménager progressivement, sans attendre la concrétisation d’un projet lourd.
Parce qu’une transformation durable ne peut se faire sans les habitants, la Foncière reposera sur une gouvernance ouverte et démocratique. Les habitants, associations, acteurs économiques et professionnels du territoire seront associés aux orientations et au suivi des projets, afin de garantir que la politique patrimoniale menée soit lisible, partagée et réellement tournée vers l’intérêt général. La Foncière roubaisienne deviendra ainsi un outil de reconquête du patrimoine, mais aussi un levier de confiance, de justice sociale et de fierté collective pour Roubaix.